emmanuelle retaillaud la parisienne

La Parisienne

Emmanuelle Retaillaud

« Histoire d’un mythe. Du siècle des Lumières à nos jours »

Impossible de parler de mes inspirations sans partir à la rencontre de la Parisienne. Mais d’où vient-elle ? Dans son ouvrage l’historienne Emmanuelle Retaillaud nous raconte un mythe… qui ne date pas d’hier !

 

Dès le XVIIIe siècle

En 1761, Jean-Jacques Rousseau évoque la figure de La Parisienne dans son roman La Nouvelle Héloïse en l’opposant à la provinciale. Opposition que l’on retrouve dans Le rouge et le noir de Stendhal en 1830, dans le roman de Balzac Le lys dans la vallée en 1836  puis en 1850 le poème d’Alfred de Musset au nom évocateur Conseils à une Parisienne. Elle a une réputation de femme sophistiquée qui a un sens de la mode affûté, difficile à égaler. Paris devient capitale de la modernité et d’une mode qui change vite, la Parisienne en devient le symbole. Le secteur du textile est dès le XIXe siècle, un secteur majeur de l’économie parisienne.

 

Du chien

La Parisienne transcende les classes sociales, femme du monde, courtisane, femme de petite vertu ou grisette, elle n’est pas forcément belle mais elle réveille le désir par une certaine aisance, un certain sex-appeal, de l’assurance voire de l’aplomb.

 

Du chic

À l’origine, Schick en allemand désigne une aptitude. Peindre de chic dans le jargon des ateliers de peinture c’est un peu péjoratif, c’est peindre de mémoire de manière simplifiée avec aisance et désinvolture. Le chic apparaît à la fin du XIXe siècle pour évoquer une certaine aisance dans l’élégance vestimentaire.

 

Un petit je-ne-sais-quoi

C’est justement l’incapacité de langage à définir le style de la parisienne, un subtil équilibre entre le chic et le chien. Ce que Coco Chanel appelait la sobriété élégante, l’anti bling-bling. La Parisienne mélange les genres, les accessoires pas forcément précieux et n’en fait jamais trop.

 

Des grandes figures

Pour définir la Parisienne Emmanuelle Retaillaud cite Edmonde Charles-Roux à propos de Coco Chanel : des irrégulières, des femmes qui ont un mode de vie atypique. De Sarah Bernhardt au XIXe siècle, puis Arletty, Coco Chanel. Plus tard, Sonia Rykiel réunit féministes et Parisiennes à Saint-Germain-des-Prés, Marie-France Pisier devient l’égérie du cinéma d’auteur. Actuellement Catherine Deneuve, Lou Doillon, Charlotte Gainsbourg, Caroline de Maigret incarnent la Parisienne. Et bien entendu Inès de la Fressange, LA Parisienne de référence, qui partage avec toutes et au delà des frontières l’élégance à la française. Elle mérite à elle seule un article dans cette rubrique, bientôt ! Je voudrais aussi rendre hommage à Sophie Fontanel qui écrit si bien sur la mode, avec humour et tellement d’esprit.

 

Le XXIe siècle

Quid de la Parisienne new generation ? Impossible de ne pas citer Jeanne Damas, digne héritière du style iconique d’une Jane Birkin. Sa marque Rouje devient la marque de référence d’une nouvelle génération de Parisiennes, mélange de nonchalance, de chic rétro et d’une dégaine inimitable. Mais la Parisienne, marketing oblige, devient aussi une représentation à l’international. En 2009 pour le lancement de son parfum Parisienne YSL met en scène Kate Moss déambulant entre la tour Eiffel et les ponts de la Seine.

La Parisienne s’exporte, rencontre les univers pop-rock, cultive sa liberté, son look effortless et son maquillage nude. Tout un état d’esprit ! Avec toujours un petit je-ne-sais-quoi ?

Il y a le mythe, il y a le marketing… et la réalité ! Fort heureusement, en 2020 la Parisienne est multiple et bien plus complexe. Quel bonheur de voir émerger de nouvelles figures de femmes qui assument et revendiquent leurs différences, leurs cultures, leurs féminités, leurs regards sur un monde multi-ethnique, multi-culturel, en perpétuelle mutation. C’est à toutes ces femmes que je souhaite rendre hommage.