DANCEHALL QUEENSY

 

In the mood for… Queensy! Immersion dans la culture de Queensy, danseuse de dancehall, reconnue pour son talent en Europe et dans le monde. Chorégraphe, professeure de danse, elle nous parle de ses engagements de jeune femme-noire-artiste-passionnée-et-passionnante.

 

Marie-Claude
Marie-Claude, alias Queensy grandit à Nanterre dans un univers où musique et danse font partie du quotidien. Pour canaliser son énergie et l’aider à vaincre sa timidité, sa mère l’inscrit à des cours de street jazz dès l’âge de 7 ans. Elle se révèle et enchaîne les nouvelles disciplines : modern jazz, hip-hop, danses afro-caribéennes. Elle ne s’arrêtera plus.

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Queensy
Au lycée, sa rencontre avec les jumelles Jayane et Kayliss est décisive. Le dimanche, qu’il pleuve ou qu’il vente, elles se retrouvent au centre commercial de la Défense à La Coupole. Les tours en verre, les vitrines des magasins fermés deviennent des miroirs devant lesquels elles enchaînent leurs chorégraphies. C’est alors le début de YouTube, de Skyblog, elles se filment, postent des vidéos et commencent peu à peu à se faire remarquer. Elles invitent d’autres danseuses à les rejoindre, choisissent leur nom de scène, chacune y inscrira un Y : il y aura KaYliss, JaYane, M-dY, PearlY, QueensY, KeYsy, AudjYan, La Nyña.

 

Blazin’
Elles forment le groupe Blazin’ en référence à l’album Ever Blazin’ de Sean Paul, figure emblématique du dancehall et en hommage à l’association de Suresnes qui les a formées Difé Pri. Difé pri signifie «le feu prend» en créole, blazing en anglais signifie «flamboyant» : la boucle est bouclée. Blazin’ devient le premier groupe français féminin référent de ragga dancehall. Les demandes de représentations commencent à affluer, d’abord ce sont des shows dans des salles parisiennes, puis dans toute la France.

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Ragga Dancehall
Les danseuses de Blazin’ n’ont pas choisi d’associer Ragga et Dancehall par hasard. Le dancehall est un mouvement culturel engagé venu de la Jamaïque dans les années 1940. Il est à nouveau en vue à la fin des années 1970 comme une variante du reggae. Si la danse est au centre de cet univers, sa dimension est multiple et englobe un style de vie, une manière de se mouvoir, de parler, de s’habiller dans un contexte économique, social et politique difficile en Jamaïque à cette époque. Le ragga muffin est un courant musical commun aux Antilles et particulièrement présent en Guadeloupe, Guyane et Martinique d’où sont originaires Queensy et M-dy.


L’ouverture au monde
Si chaque danseuse exerce une activité salariale, très vite ce loisir semi-professionnel prend une autre dimension. Une demande de stage arrive de Moscou, puis une autre des États-Unis, puis de Suisse, du Canada et de nombreux pays européens. Reconnue dans le milieu underground du dancehall, Queensy continuera à voyager plus tard dans le monde. La culture dancehall trancende les frontières. La Suède et le Japon, entre autres, abritent d’importantes communautés dancehall. La danseuse japonaise Junko Kudo est devenue la première non-jamaïcaine a remporter le prix de Dancehall Queen en Jamaïque en 2002. En parrallèle Blazin’ est repéré par l’équipe de l’émission La meilleure danse sur M6, elles arriveront en finale en juin 2012.


Carrière solo
Quand les jumelles partent s’installer au Canada, Queensy commence sa carrière solo. La meilleure danse lui a offert une visibilité. Elle intègre des studios de danses parisiens renommés, comme le studio Harmonic, Juste Debout Core Paris ou encore le studio MRG. Elle continue ses collaborations avec d’autres artistes nationaux et internationaux, poursuit ses voyages. Elle participe à des événements en tant que danseuse, chorégraphe, jury et forme des danseurs. Elle n’est pas encore allée en Jamaïque mais collabore régulièrement avec des personnalités du dancehall jamaïcain qui ont à coeur de transmettre la culture associée à ce style comme Global Bob, Shelly Xpressionz, Orville Xpressionz, Kim Weezy.

Dancing Queen

Si Queensy se reconnaît autant dans la culture du Dancehall c’est que cette danse lui a permis de s’assumer en tant que femme. C’est une danse afro-descendante organique et ancrée dans le sol. Elle a permis aux femmes de donner de la voix, dans cette discipline la femme est une reine. C’est une danse codifiée, certains mouvements, certains sons sont d’ailleurs dédiés et réservés aux femmes.

Identité

Tu viens d’où ?
De Nanterre.
Non, mais tu viens d’où ?
Nombreux sont ceux qui, comme Queensy, nés en France, non-blancs, se reconnaîtront. Jaunes, beurs, noirs, la question est récurrente. Alors aujourd’hui quand on lui pose la question elle répond :
Mon père est originaire du Bénin et ma mère Martiniquaise.
Cette question, oh combien systématique, la ramène sans cesse à ses origines comme si elle n’était pas aussi française.

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Collaborations
C’est dans un esprit d’ouverture que débutent de nouvelles collaborations. Il y a la rencontre avec Maryam Kaba, co-créatrice de la licence Afrovibe. L’idée ? Associer au fitness les techniques de danses africaines issues des quatre coins du monde et permettre à chacun de se libérer par la danse en découvrant de nouvelles cultures et disciplines. Puis c’est N85 toute jeune marque de sportswear, qui la sollicite. Les vêtements de N85 sont fabriqués avec des bouteilles de plastique recyclé. Les créatrices proposent à Queensy de devenir leur égérie.


Reines noires
Dernièrement Queensy a collaboré au projet Reines noires initié par la danseuse et chorégraphe Amzone : un tournage réunissant vingt-six danseuses symbolisant la diaspora africaine de France afin de rendre hommage à la diversité et la beauté de la femme noire. Le résultat est saisissant, les vidéos publiées sur Instagram mettent en avant les artistes, sur fond de Femmes noires, un poème de Léopold Sédar Senghor récité en voix off ou Still I rise de Maya Angelou.

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Résilience
Le confinement a décuplé son envie de créations et de rencontres. Queensy est persua-dée que cette période difficile a aussi été propice à de nouvelles initiatives et à l’émer-gence de nouveaux projets. Toujours à la recherche du mot juste, de l’engagement juste, de la nuance, elle participe, à sa manière, à faire bouger les lignes. Dès la liberté retrouvée elle ira expérimenter de nouvelles aventures, elle le dit et le redit « c’est possible » !


Pour découvrir l’univers de Queensy :
https://www.instagram.com/queensyblz/
Pour visionner les vidéos de Reines noires :
https://www.instagram.com/dhqamzone/
Pour découvrir l’Afrovibe
https://www.instagram.com/afrovibedanceworkout/
Pour découvrir N85
https://www.instagram.com/n85sportswear/

© photographies : Sasha Box, Milena Garofano, Graig La Branche, Franck Blanquin